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L'histoire de Com'Publics en 63 rencontres - André Flajolet

Le Club des amis du cochon ou la défense d'une filière française

A l'occasion des 25 ans de Com'Publics en 2019, l'agence a édité un livre qui relate son histoire au travers de 63 témoignages. Nous vous les livrerons sur le blog au cours de cette année. Nous continuons avec André Flajolet, ancien Député du Pas-de-Calais et actuel vice-président en charge des questions environnementales à l'Association des Maires de France.

Avez-vous été convaincu par la solution apportée, c’est-à-dire la création du club des amis du cochon ?

En réalité, c’était une époque où le cochon était devenu un aliment très décrié par les médias.
Le cochon s’était alors inscrit dans la conscience collective comme un produit peu recommandable à tout point de vue. La réponse fut donc la création d’un club afin de valoriser au niveau de la représentation nationale à la fois l’image, la profession, les qualités gustatives du produit, la possibilité de le transformer en produits élaborés et donc de défendre, de valoriser, de diversifier une filière qui était en difficulté. Je me rappelle qu’à l’époque les porcheries étaient considérées comme des lieux nauséabonds. Je ne dis pas d’ailleurs qu’il n’y a pas une part de réalité là-dedans, mais au lieu de déverser des lisiers aux portes des sous-préfectures, nous voulions montrer que le produit vaut plus que l’on veut bien en dire.Je pense que c’était une réponse intelligente et de long terme, la preuve en est, car je crois aujourd’hui encore qu’il y a un certain nombre d’actions de sensibilisation tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. En revanche, je ne sais pas ce qu’il en est avec la nouvelle mandature mais avec l’ancienne cela fonctionnait pas mal.

Considérez-vous l’alternative du club « des amis du cochon » plus efficace concernant cette situation qu’une contestation massive ?

La contestation massive avait l’avantage de souvent faire plier les pouvoirs publics, mais elle se mettait à dos l’opinion publique dans la mesure où cela se terminait souvent de façon assez violente avec des désagréments envers des individus qui n’y pouvaient rien. C’est pour cela qu’une réponse basée sur la raison, la sensibilisation, la connaissance était idéale, car elle permettait sur le long terme de redorer l’image de la filière. Nous voulions vraiment faire prendre conscience de la valeur de ce produit, mais aussi de la capacité pour la profession de se rénover de l’intérieur pour réduire à la fois les nuisances et les désagréments voire les agressions contre l’environnement. C’est ce qui a été fait, et de façon assez satisfaisante. Il y eut ensuite la question du bien-être animal, qui montrait combien il était important que les producteurs de viandes de cochons soient défendus, pour éviter que l’intellectualisme de salon ne vienne expliquer comment la profession devait agir.

Quelles anecdotes et souvenirs avez-vous de ce club ?

Les dégustations composent l’essentiel de mes souvenirs, notamment une assez extraordinaire au Salon de l’agriculture avec Jacques Lemaitre. Nous avions affaire à des gens qui respiraient à la fois la ruralité, la culture agricole et le « bien vivre » (bien entre guillemets puisque mon médecin n’aurait pas dit que c’était bien), tout en étant des personnes d’une grande convivialité, exprimant une sorte d’unité entre l’homme et la nature. J’ai une deuxième anecdote que Marc le Fur, vice-président de l’Assemblée Nationale, pourra confirmer. Marc le Fur m’avait invité chez lui rencontrer des producteurs de cochons alors que nous étions en pleine crise économique. C’était très intéressant et les gens étaient respectueux quand les représentants de l’ordre républicains venaient les écouter.

Quelle image avez-vous de Com’Publics au-delà de club et de Marc Teyssier d’Orfeuil ?

J’ai accepté de travailler avec Com’Publics car c’est une entreprise assez différente de celles que l’on a l’habitude de voir dans le milieu du lobbying, et pour deux raisons : Premièrement, le lobbying com’publicain s’appuie sur des réalités économiques, culturelles, relationnelles et cherche à développer un art de vivre et pas simplement à mettre en place la promotion d’un produit. Deuxième, l’agence est assez éclectique dans ses choix à la fois en matière de promotion des enjeux mais également dans son schéma relationnel. À une époque où nous avions une image très négative des lobbyistes, Com’Publics apportait une écriture intelligente de ce que pouvaient être des groupes de pression au service d’un monde économique et relationnel.

Considérez-vous le lobbying comme un outil nécessaire dans une démocratie ?

Si le lobbying est conçu comme un outil de vulgarisation, de sensibilisation, un outil pour abattre des murs de méconnaissance ou d’ignorance, je pense qu’il est indispensable. Par le passé, les entreprises le faisaient en interne. Mais la complexité des mondes que nous côtoyons au quotidien, la difficulté d’avoir des langages adaptés fait qu’aujourd’hui, nous avons plus recours à des cabinets. L’aspect négatif est qu’un certain nombre de personnes considère que le lobbying n’est qu’un instrument de vente, de contrainte psychologique pour imposer tel ou tel point de vue, telle ou telle image et tel ou tel produit. Dans ce cas-là, on peut considérer que les limites sont dépassées et que l’on est arrivé dans une sorte de totalitarisme de la désinformation. Ce lobbying n’est plus positif. Il n’y a pas de réponse absolue à cette question, pour moi, le lobbying est nécessaire s’il répond à des règles de déontologie interne et externe.

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