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L'histoire de Com'Publics en 63 rencontres - Bertrand Devevey

Notre premier lobbying: l'association française contre les myopathies
 
A l'occasion des 25 ans de Com'Publics en 2019, l'agence a édité un livre qui relate son histoire au travers de 63 témoignages. Nous vous les livrerons sur le blog au cours de cette année. Nous commençons avec Bertrand Devevey, Directeur de la communication de l'Association Française contre les Myopathies entre 1995 et 1998.
 
 
Vous étiez directeur de la communication de l’AFM quand est survenue l’affaire de l’ARC. Pourquoi avoir sollicité Com’Publics ?
Je connaissais déjà Marc Teyssier d’Orfeuil. Nous avions travaillé ensemble lorsque je dirigeais la communication d’activité courrier de La Poste. Je savais donc à travers cette expérience qu’il avait une bonne réputation et qu’il possédait la capacité de dialoguer avec des parlementaires de droite, du centre et de gauche. Il me semble que lorsque l’on a un problème nécessitant l’intervention de la classe politique, il faut pouvoir agir auprès de tout l’hémicycle et pas seulement de la majorité. Com’Publics peut faire cela.
 
N’était-ce pas un peu osé de votre part de demander à une jeune agence de lobbying ?
Bernard Barataud, président de l’AFM lors de cette collaboration avec Com’Publics, n’avait pas peur de travailler avec des gens audacieux et jeunes. S’il ne croyait pas que l’on pouvait soulever une montagne par sa force de conviction, il n’aurait jamais entrepris son combat pour la lutte contre les myopathies. Le courant est passé avec Marc dont il a parfaitement senti le sérieux et la responsabilité. Il y avait, certes, une part de risques mais lorsque l’on organise une manifestation tous les ans — qui réunissait à l’époque des centaines de millions de francs — il faut avoir foi dans les capacités des gens que l’on sollicite.
 
Bernard Barataud avait dit dans son dialogue avec Marc Teyssier d’Orfeuil, «soit vous nous réglez ce problème, soit je mets deux millions de personnes dans la rue».
Quand il évoquait le fait de mettre deux millions de personnes dans la rue, il s’est produit deux choses. D’une part, Marc était d’accord avec ce que disait Bernard Barataud : en cas d’échec dans les discussions avec les parlementaires, il y aurait deux millions de personnes dans la rue pour atteinte à la liberté d’association. D’autre part, Marc a compris qu’il pouvait se servir de cet argument et de la crédibilité de Bernard Barataud pour faire percevoir aux personnels politiques le risque qu’il y avait à changer la législation concernant le contrôle des associations. L’argument qu’a donné Bernard Barataud a été aussi, je pense, un gage de la réussite de Com’Publics. Il ne s’agissait pas d’une menace mais d’un avertissement concernant les conséquences d’un futur échec des discussions.
 
Un mot dans un amendement porté par le Sénateur Jean Cherioux changeait complètement les enjeux, on passait d’un contrôle a posteriori, à un contrôle a priori. Quel était l’enjeu ?​
L’enjeu était la liberté d’action dans le cadre associatif. À partir du moment où vous créez une association, vous vous engagez à travailler dans un domaine relevant de l’intérêt général. Lorsque vous soumettez les associations régies par la loi de 1901 à un contrôle a priori page19image22793984Cliquer et glisser pour déplacerd’organismes publics qui dépendent du pouvoir, donc liés au gouvernement en place, vous supprimez la liberté d’action dont les associations doivent bénéficier. L’AFM est de plus reconnue d’utilité publique, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une association relevant plus encore de l’intérêt général. Dans ce cas, on demandera par exemple à la Cour des comptes ou l’inspection générale des affaires sanitaires et sociales-IGASS de dire si effectivement on doit diriger ses recherches dans ce domaine ou non. Dans le cas d’un contrôle a priori, l’AFM n’aurait plus été une association mais serait devenue un organisme parapublic contrôlé par l’État qui peut arbitrer sur ses choix. On remet en cause les choix de l’association et la confiance des donateurs. L’enjeu fondamental était donc la liberté d’agir des associations.
 
Com’Publics a donc défendu cette liberté fondamentale à une association (le contrôle a posteriori existait déjà et la Cour des Comptes avait bien perçu la différence entre l’ARC et l’AFM). Il n’était pas question pour l’AFM qu’un organisme dépendant du ministère chargé de la santé dise s’il était bien — ou pas — de cartographier des génomes, par exemple.
 
Quel souvenir avez-vous eu de cette collaboration ?
On garde toujours un bon souvenir lorsqu’il y a eu un succès, ce qui fut le cas. Je pense que l’enjeu était très important, et pas seulement pour l’AFM. Cela pouvait remettre en cause le Téléthon lui-même. Il y avait beaucoup de stress, il a fallu se mobiliser énormément en peu de temps. De plus, le terrain n’était pas très familier pour l’AFM. Le souvenir que je garde, est que Marc a su gérer cela avec beaucoup d’intelligence. Je dirais qu’il a une espèce de force tranquille ; et il ne se vantait pas du tout de garantir le résultat. Il nous a vraiment montré qu’il était possible d’agir et il nous a tenus réellement informés. Cette collaboration s’est vraiment excellemment bien passée, c’est pourquoi j’ai continué à travailler avec Com’Publics.
 
L’AFM a été agréablement surprise de cette réussite grâce à la stratégie qui fut mise en place par Com’Publics. Il y avait un risque mais qui méritait d’être pris. Ce n’était pas dans la culture de l’AFM d’agir comme cela. Cela a aussi apporté à l’AFM une meilleure connaissance du monde politique qui fut utile par la suite. L’AFM avait plutôt l’habitude auparavant de passer en force que d’aller vers la rencontre et l’échange. Le succès a été très important vu l’enjeu. La devise de la NASA résumerait bien l’importance de l’action « l’échec n’est pas une option ».

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